ACTUALITESBANQUES & FINANCESCONJONCTUREECONOMIEINVESTISSEMENTS
A la Une

Retour du FMI au Sénégal - L’enjeu dépasse les 1 250 milliards.

L’enjeu dépasse les 1 250 milliards.

L’enjeu principal du retour du FMI au Sénégal ne réside pas uniquement dans les 1 250 milliards de FCFA susceptibles d’être mobilisés. Il est surtout dans la perspective pour le Sénégal de retrouver progressivement l’accès à un ensemble de financements internationaux et régionaux à des conditions plus soutenables. C’est cette réouverture des canaux de financement qui pourrait, à terme, restaurer les marges de manœuvre nécessaires à la relance économique et à la transformation du pays.

Les 1 250 milliards de FCFA représentent naturellement un montant considérable dans le contexte actuel des finances publiques sénégalaises. Mais focaliser l’analyse exclusivement sur ce chiffre serait réducteur. La véritable question est celle de la reconstruction de la crédibilité financière du Sénégal et de sa capacité à mobiliser durablement des ressources à des coûts compatibles avec ses capacités de remboursement.

Le retour du Fonds monétaire international constitue, à ce titre, un signal important. Il ne doit pas être interprété simplement comme la recherche d’une nouvelle enveloppe financière. Il doit surtout être considéré comme une étape dans la normalisation progressive des relations financières du Sénégal avec les institutions internationales, les bailleurs de fonds, les marchés et les investisseurs.

L’enjeu est de financer mieux, pas seulement de financer plus

Le Sénégal a besoin de ressources pour financer son développement. Les besoins sont considérables : infrastructures, énergie, agriculture, industrialisation, transformation locale, numérique, santé, éducation, logement et développement des PME.

Or, les ressources budgétaires nationales ne suffisent pas à couvrir simultanément l’ensemble de ces besoins. Le recours à l’endettement demeure donc nécessaire. La question n’est pas de savoir s’il faut s’endetter ou non, mais dans quelles conditions, pour quels projets et avec quelle capacité de remboursement.

L’endettement n’est pas mauvais en soi. Une dette correctement encadrée, obtenue à des conditions soutenables et orientée vers des investissements productifs peut contribuer à accélérer la croissance. Elle devient en revanche préoccupante lorsqu’elle sert principalement à financer des dépenses courantes, lorsqu’elle est contractée à des coûts excessifs ou lorsqu’elle conduit à une accumulation de charges financières incompatible avec les capacités de l’État.

C’est pourquoi le véritable intérêt d’un retour à un cadre de coopération renforcé avec le FMI dépasse largement le montant de 1 250 milliards de FCFA.

Il s’agit surtout de créer les conditions permettant au Sénégal de diversifier ses sources de financement, d’améliorer les conditions d’emprunt et de retrouver progressivement l’accès à des ressources concessionnelles, semi-concessionnelles ou régionales.

Cette évolution pourrait contribuer à réduire le coût moyen de la dette, à allonger certaines maturités et à améliorer le profil de remboursement de l’État.

Restaurer la confiance des marchés

Dans une économie moderne, la confiance constitue une véritable ressource financière.

Un État considéré comme crédible peut accéder plus facilement aux marchés, négocier de meilleures conditions et attirer davantage d’investissements. À l’inverse, une perception élevée du risque souverain renchérit le coût du financement et réduit les marges de manœuvre budgétaires.

Le Sénégal doit donc profiter de cette nouvelle étape pour reconstruire progressivement cette confiance.

Cela passe par une meilleure transparence des comptes publics, une information financière régulière et fiable, une trajectoire budgétaire crédible, une maîtrise des déficits et une gouvernance rigoureuse de la dette.

Mais la crédibilité ne se limite pas aux indicateurs budgétaires. Elle dépend également de la capacité du pays à démontrer que les ressources empruntées génèrent effectivement de la croissance et des revenus futurs.

Autrement dit, chaque emprunt devrait être apprécié à partir d’une question simple : quelle richesse supplémentaire cette dette permettra-t-elle de créer ?

De la dette de financement à la dette productive

Le Sénégal doit désormais inscrire sa politique d’endettement dans une logique de transformation économique.

Les ressources mobilisées doivent prioritairement soutenir les secteurs capables d’augmenter la capacité productive du pays : agriculture et agro-industrie, énergie, industrie, infrastructures logistiques, économie numérique, économie maritime, mines et transformation locale.

Cette approche permettrait de transformer progressivement la dette en un instrument de création de valeur.

Un financement destiné à construire une infrastructure productive, développer une capacité industrielle ou accroître la production énergétique n’a pas le même impact économique qu’un financement utilisé pour couvrir durablement des dépenses sans rendement économique.

La priorité doit donc être de passer d’une logique de financement de l’urgence à une logique de financement de la transformation.

C’est probablement là que se trouve l’un des principaux enjeux de la nouvelle relation entre le Sénégal et ses partenaires financiers.

Préserver la relance économique

La consolidation des finances publiques reste indispensable. Mais elle doit être conduite avec suffisamment de prudence pour ne pas étouffer l’activité économique.

Le Sénégal doit éviter deux écueils.

Le premier serait de considérer que la discipline budgétaire impose nécessairement une réduction brutale des investissements publics. Une telle approche pourrait ralentir la croissance, réduire la demande et fragiliser davantage les entreprises et les ménages.

Le second serait de vouloir soutenir la croissance par un recours excessif à l’endettement, sans tenir suffisamment compte du coût futur du service de la dette.

La stratégie optimale consiste donc à rechercher un équilibre entre assainissement budgétaire, maintien de l’investissement, soutien à la croissance et amélioration progressive des conditions de financement.

Le retour du FMI doit précisément contribuer à créer cet espace.

Les 1 250 milliards ne sont qu’un début

Il serait donc excessif de mesurer le succès du retour du FMI au seul montant de 1 250 milliards de FCFA.

Le véritable indicateur de réussite sera la capacité du Sénégal à retrouver durablement l’accès à une palette plus large de financements, à des conditions compatibles avec sa trajectoire budgétaire.

Cela signifie pouvoir mobiliser des ressources auprès des institutions multilatérales, des partenaires bilatéraux, des mécanismes régionaux et, lorsque les conditions sont favorables, des marchés financiers.

Une telle diversification réduirait la dépendance à une source unique de financement et permettrait à l’État d’arbitrer davantage entre les différentes options disponibles en fonction du coût, de la maturité et de la nature des projets à financer.

Les 1 250 milliards doivent donc être perçus comme un levier, et non comme une finalité.

Le Sénégal ne doit pas seulement chercher à emprunter davantage. Il doit chercher à emprunter mieux, investir mieux et produire davantage.

La véritable réussite de cette nouvelle étape sera de parvenir à transformer la restauration de la confiance financière en investissements productifs, les investissements en croissance, la croissance en emplois et les emplois en amélioration durable des conditions de vie des Sénégalais.

Au fond, l’enjeu dépasse donc largement les 1 250 milliards. Il s’agit de reconstruire un modèle de financement plus soutenable, capable d’accompagner durablement la transformation économique du Sénégal sans compromettre les équilibres financiers des générations futures.

Cheikh Mbacké SÈNE
Spécialiste de l’intelligence économique, Veille et Communication stratégique | Analyste économique
Doctorant en administration des affaires
School of Business and Economics
Atlantic International University (Hawaï, États-Unis)

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page