Investissements français en Afrique de l'Ouest : une présence économique qui se réinvente en 2025-26
En dépit d’un contexte géopolitique marqué par le retrait progressif de ses forces militaires de plusieurs pays africains, la France demeure en 2025 l’un des principaux partenaires économiques de l’Afrique de l’Ouest. Paris mise désormais davantage sur l’investissement privé, le financement du développement, les infrastructures et l’accompagnement des entreprises afin de consolider sa présence sur un continent devenu un terrain de forte concurrence internationale.
À travers le groupe Agence française de développement (AFD), Proparco, Expertise France et de grandes entreprises telles que TotalEnergies, Orange, Vinci, Bouygues, CMA CGM, Sanofi, Schneider Electric, BNP Paribas ou Société Générale, plusieurs milliards d’euros continuent d’être mobilisés pour financer des projets structurants dans la région.
Le groupe AFD a engagé 6 milliards d’euros de financements en Afrique en 2024, un niveau qui confirme la place prioritaire du continent dans la politique française de coopération économique. Son portefeuille actif représente désormais près de 40 milliards d’euros de projets répartis dans de nombreux pays africains.
De son côté, Proparco, la filiale de l’AFD dédiée au financement du secteur privé, a signé plus de 2,5 milliards d’euros de nouveaux projets en 2025, dont 924 millions d’euros, soit 37 % de l’ensemble de ses engagements, ont été consacrés à l’Afrique. Ces investissements concernent principalement les infrastructures, les banques, les PME, l’agriculture, les énergies renouvelables, la santé, le numérique et l’industrie.
En Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire demeure la première destination des investissements français en Afrique subsaharienne. Plus de 700 entreprises françaises, dont près de 200 filiales, y sont implantées dans les secteurs de la finance, de l’énergie, des hydrocarbures, des télécommunications, des transports, de l’agro-industrie, de la distribution et de la construction. Les investissements français représentent historiquement entre 55 % et 60 % du stock d’investissements étrangers du pays.
Le Sénégal reste également un partenaire stratégique de premier plan. La France y demeure le premier investisseur étranger avec un stock d’investissements supérieur à 1,7 milliard d’euros. Plus de 250 entreprises françaises sont présentes dans le pays et emploient environ 30 000 salariés, principalement dans les télécommunications, les banques, les mines, les infrastructures, les services, la logistique, la santé et l’énergie.
Au Bénin, les financements français accompagnent la modernisation du Port autonome de Cotonou, les projets d’accès à l’électricité, les infrastructures hydrauliques, l’agriculture durable et le développement urbain. Au Ghana, les investissements concernent les hydrocarbures, les énergies renouvelables, les transports, les services financiers et la distribution. En Guinée, les entreprises françaises renforcent leur présence dans les secteurs miniers, énergétiques, des infrastructures et des services aux entreprises.
L’action d’Expertise France illustre également cette dynamique. En Afrique de l’Ouest, l’agence conduit 60 projets nationaux représentant un volume d’activité de 511 millions d’euros, principalement en Côte d’Ivoire et en Guinée, dans les domaines de la gouvernance, de la santé, de la formation professionnelle, de l’entrepreneuriat et de la sécurité.
Face à la montée en puissance de la Chine, de l’Inde, de la Turquie et des pays du Golfe, la stratégie française évolue. Elle privilégie désormais les partenariats industriels, le financement des PME, la transition énergétique, la finance durable, l’innovation, la transformation locale des matières premières et le transfert de technologies. Cette nouvelle approche vise à construire une relation économique davantage fondée sur la création de valeur, l’emploi et le développement des chaînes industrielles africaines.
L’Afrique de l’Ouest demeure ainsi un espace stratégique pour les investisseurs français. Malgré un environnement géopolitique en mutation, les perspectives restent importantes dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, du numérique, de l’industrie, de l’agroalimentaire et des services financiers, où les besoins d’investissement devraient continuer de croître au cours de la prochaine décennie.
Cheikh Mbacke SENE




