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CACAO : LE MARCHÉ ENTRE REPRISE DE L’OFFRE ET NOUVEAU RISQUE CLIMATIQUE

État des lieux au 9 août 2026 — Après l’envolée historique de 2024, le marché mondial du cacao est entré dans une nouvelle phase. Les prix ont fortement corrigé, mais la détente reste fragile.

Le cacao évolue désormais très loin des sommets historiques atteints lors de la crise d’approvisionnement de 2024. Sur le marché de Londres, le contrat de référence avait clôturé à 4 173 £ la tonne le 21 juillet, après avoir connu une forte volatilité durant le mois. Les données disponibles montrent un marché toujours extrêmement nerveux, avec une amplitude importante des mouvements quotidiens.

Cette correction s’explique principalement par l’amélioration progressive de l’offre mondiale. Selon l’Organisation internationale du cacao (ICCO), la campagne 2024/25 devrait finalement dégager un excédent mondial de 48 000 tonnes, après un déficit de 492 000 tonnes en 2023/24. La production mondiale a été révisée à 4,723 millions de tonnes, tandis que les broyages atteindraient 4,628 millions de tonnes.

Le rééquilibrage est également visible dans les stocks. L’ICCO estime les stocks de fin de campagne à 1,320 million de tonnes, avec un ratio stocks/broyages de 28,5 %. Cette amélioration constitue un facteur de détente pour les industriels et les chocolatiers, mais elle ne signifie pas pour autant que le marché dispose d’une abondance structurelle de fèves.

La demande, justement, reste un élément déterminant. La flambée des prix de 2024 et 2025 a conduit les industriels à réduire ou reformuler certains produits, tandis que les consommateurs ont été confrontés à une hausse importante des prix du chocolat. La baisse des cours commence toutefois à améliorer les marges des transformateurs et pourrait favoriser une reprise progressive de la consommation. Reuters rapporte notamment que Barry Callebaut a enregistré une progression de 5,7 % de ses volumes au troisième trimestre 2026, premier redressement en deux ans.

Mais le principal risque pour le marché se déplace désormais vers la prochaine campagne 2026/27. Le Ghana, deuxième producteur mondial, s’attend à une baisse d’au moins 16 % de sa production lors de la prochaine saison. Le COCOBOD explique cette perspective par les conditions météorologiques défavorables, le cycle naturel des cacaoyers, les maladies et la faiblesse du nombre de jeunes cabosses observées dans plusieurs régions productrices.

Le changement climatique devient ainsi une variable centrale du marché. Les perspectives d’un épisode El Niño particulièrement puissant renforcent les inquiétudes concernant les récoltes en Afrique de l’Ouest. Les conditions de chaleur, de pluviométrie et d’humidité pourraient affecter la floraison, le développement des cabosses et la pression des maladies. Le Financial Times souligne que le risque climatique concerne directement les cultures de cacao de Côte d’Ivoire et du Ghana.

Pour la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial, l’enjeu est considérable. Le pays domine la production mondiale et concentre, avec le Ghana, une part majeure de l’approvisionnement international. Une détérioration simultanée des récoltes ivoiriennes et ghanéennes pourrait donc rapidement inverser le sentiment du marché.

Le cacao africain est également confronté à un autre défi : la rémunération et la résilience des producteurs. La baisse des cours internationaux ne se traduit pas automatiquement par une amélioration de leur situation économique. Au Ghana, les difficultés financières des planteurs, le vieillissement des plantations, les maladies et la concurrence de l’orpaillage illégal fragilisent progressivement la filière. Le Parlement ghanéen a récemment renforcé la protection juridique des plantations de cacao contre leur conversion à d’autres usages, notamment l’exploitation minière illégale.

À cela s’ajoute la montée des exigences environnementales. L’accès au marché européen dépend désormais de plus en plus de la traçabilité, de la lutte contre la déforestation et de la conformité environnementale. Cette évolution peut représenter un coût supplémentaire pour les petits producteurs africains, mais également une opportunité de moderniser les chaînes de valeur.

Pour l’Afrique de l’Ouest, la véritable question n’est donc plus seulement celle du prix de la tonne de cacao, mais celle de la capacité à créer davantage de valeur localement. La transformation en beurre, poudre, pâte et chocolat permettrait aux pays producteurs de capter une part beaucoup plus importante de la valeur ajoutée.

Au 9 août 2026, le marché mondial du cacao apparaît ainsi dans une situation paradoxale : l’offre s’est améliorée et les prix ont fortement corrigé, mais les risques climatiques et agricoles menacent déjà la prochaine campagne. La période actuelle pourrait donc correspondre non pas à la fin de la crise du cacao, mais à une transition vers un marché plus volatil, où météo, stocks, demande et politiques agricoles détermineront simultanément les prix.

 

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