Nigeria : la croissance industrielle accélère grâce aux investissements locaux et aux capitaux étrangers

Le Nigeria confirme en 2025-2026 son statut de première puissance industrielle d’Afrique en intensifiant ses investissements dans les secteurs manufacturier, pétrochimique, automobile, agroalimentaire, pharmaceutique et minier. Soutenue par les réformes économiques engagées depuis 2023, la diversification productive du pays commence à produire des résultats visibles, malgré un contexte marqué par une inflation encore élevée, la dépréciation du naira et des coûts de financement importants.
Selon le Bureau national des statistiques (NBS), le secteur manufacturier représente environ 9 % du PIB, tandis que l’industrie dans son ensemble contribue à près de 30 % de la richesse nationale, en incluant le pétrole, le gaz, les mines et la construction. En 2025, la croissance du secteur manufacturier est estimée entre 3,5 % et 4,5 %, portée par les investissements privés et la modernisation des capacités de production.
Les investissements domestiques constituent aujourd’hui le principal moteur de cette dynamique. Les grands groupes nigérians poursuivent l’expansion de leurs capacités industrielles. Dangote Industries continue de renforcer son complexe intégré de Lagos, dont la raffinerie de 650 000 barils par jour, la plus grande d’Afrique, stimule le développement des industries pétrochimiques, des engrais et des plastiques. Le groupe investit également dans le ciment, le sucre et l’agro-industrie.
Le secteur cimentier demeure l’un des plus performants du continent. Avec Dangote Cement, BUA Cement et Lafarge Africa, le Nigeria dispose d’une capacité de production supérieure à 60 millions de tonnes par an, lui permettant d’alimenter son vaste marché intérieur tout en développant ses exportations vers plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
Dans l’agro-industrie, BUA Foods, Flour Mills of Nigeria, Olam Nigeria et plusieurs groupes régionaux investissent massivement dans les minoteries, les huileries, la transformation du riz, du sucre, des pâtes alimentaires et des boissons. Ces investissements visent à réduire les importations alimentaires et à accroître la valeur ajoutée locale.
L’industrie pharmaceutique bénéficie également d’un important programme de relocalisation de la production. Plus de 120 laboratoires produisent désormais localement une partie des médicaments consommés dans le pays, tandis que plusieurs unités spécialisées dans les vaccins et les produits médicaux sont en cours de développement.
Les investissements étrangers repartent progressivement à la hausse après plusieurs années de ralentissement. Les données de la Nigerian Investment Promotion Commission (NIPC) montrent que les intentions d’investissements approuvées dépassent 20 milliards de dollars en 2025, une part significative étant orientée vers l’industrie manufacturière, l’énergie, la chimie et les infrastructures.
Les capitaux proviennent principalement de la Chine, des Émirats arabes unis, de l’Inde, du Royaume-Uni, des États-Unis et de plusieurs partenaires européens. Les entreprises chinoises demeurent particulièrement présentes dans les matériaux de construction, les équipements électriques, la métallurgie et les infrastructures industrielles.
Le secteur automobile poursuit également sa montée en puissance. Des constructeurs tels que Innoson Vehicle Manufacturing, Stallion Group, Toyota, Hyundai, Kia, Mikano Motors et plusieurs fabricants de véhicules utilitaires renforcent leurs unités d’assemblage afin de répondre à la demande intérieure et régionale.
Le gouvernement fédéral multiplie parallèlement les incitations fiscales, les zones économiques spéciales et les partenariats public-privé afin d’améliorer la compétitivité industrielle. Les nouvelles zones industrielles de Lekki, Ogun, Kano, Kaduna et Cross River attirent de nombreux investisseurs grâce à des infrastructures modernisées et à des régimes fiscaux avantageux.
Le développement des industries minières constitue également un nouvel axe stratégique. Les investissements dans le lithium, le calcaire, le fer, le bitume et plusieurs minerais critiques progressent rapidement afin de réduire la dépendance aux hydrocarbures et d’alimenter les nouvelles chaînes de valeur industrielles.
Les défis restent néanmoins nombreux. Les entreprises continuent de faire face à des coûts énergétiques élevés, à une inflation supérieure à 20 %, à des taux d’intérêt restrictifs et à des contraintes logistiques importantes. Malgré ces obstacles, la Banque mondiale, le FMI et la Banque africaine de développement estiment que les réformes engagées devraient progressivement améliorer le climat des affaires et renforcer la compétitivité du secteur productif.
Avec un marché intérieur de plus de 230 millions d’habitants, une classe moyenne en expansion, une forte demande de biens manufacturés et des investissements industriels qui continuent de croître, le Nigeria consolide sa position de locomotive industrielle du continent africain. Si les réformes sont poursuivies et les infrastructures modernisées, le pays pourrait capter une part croissante des relocalisations industrielles mondiales et s’imposer durablement comme l’un des principaux pôles manufacturiers des économies émergentes.
Par Cheikh Mbacké SENE



