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Mozambique : une ambitieuse réforme fiscale pour accroître les recettes sans augmenter les impôts

Le Mozambique vient d’engager l’une des réformes fiscales les plus ambitieuses de ces dernières années, avec un objectif clair : mobiliser davantage de ressources intérieures sans alourdir la pression fiscale sur les entreprises et les ménages. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où de nombreux États africains cherchent à renforcer leur autonomie budgétaire face à la baisse des financements concessionnels.

Selon les autorités fiscales mozambicaines, les mesures mises en œuvre depuis la fin de l’année 2025 devraient générer près de 235 millions de dollars de recettes publiques supplémentaires par an à partir de 2026. L’effort repose essentiellement sur l’élargissement de l’assiette fiscale, l’amélioration du recouvrement, la digitalisation des procédures et une lutte plus efficace contre la fraude fiscale.

L’administration fiscale affirme avoir déjà enregistré des résultats encourageants. En 2025, 4 587 dossiers de contentieux fiscaux ont été ouverts, permettant de récupérer environ 36 millions de dollars. Dans le même temps, 4 244 procédures d’exécution fiscale ont abouti au recouvrement d’environ 604 millions de dollars, illustrant un net renforcement des capacités de contrôle de l’État.

Cette réforme intervient alors que le Mozambique poursuit un vaste chantier de redressement de ses finances publiques après plusieurs années marquées par une crise de la dette, une forte dépendance à l’aide extérieure et les conséquences économiques des attaques terroristes dans la province de Cabo Delgado.

Le gouvernement mise désormais sur une fiscalité plus moderne, davantage orientée vers la conformité volontaire des contribuables, la simplification des procédures administratives et l’intégration progressive de l’économie numérique dans le système fiscal national.

Les plateformes numériques, les services électroniques et certains opérateurs digitaux sont désormais progressivement intégrés dans le périmètre fiscal, une évolution qui rapproche le Mozambique des standards internationaux de taxation de l’économie numérique.

Au-delà des recettes fiscales, cette stratégie vise également à améliorer la crédibilité financière du pays auprès des investisseurs internationaux. Le remboursement anticipé de près de 630 millions d’euros au Fonds monétaire international en avril 2026 constitue d’ailleurs un signal fort de la volonté des autorités de restaurer la confiance des marchés.

Le potentiel économique du pays demeure important. Les gigantesques réserves de gaz naturel, les investissements dans le GNL, le développement des infrastructures portuaires ainsi que les projets miniers devraient soutenir une croissance robuste au cours des prochaines années.

Pour les institutions financières, cette amélioration attendue des finances publiques pourrait réduire progressivement le risque souverain, faciliter le financement des projets structurants et améliorer les conditions d’accès du pays aux marchés internationaux des capitaux.

Cette réforme illustre également une tendance plus large observée sur le continent. De Lagos à Rabat, en passant par Nairobi, Kigali, Abidjan ou Dakar, les administrations fiscales africaines investissent massivement dans la digitalisation, l’intelligence artificielle, la facturation électronique et l’interconnexion des bases de données afin d’améliorer le civisme fiscal et de réduire l’économie informelle.

Pour le Mozambique, l’enjeu dépasse largement les seuls objectifs budgétaires. Il s’agit désormais de bâtir un modèle de croissance davantage financé par les ressources nationales, condition indispensable pour accompagner les investissements dans les infrastructures, l’éducation, la santé et la transition énergétique.

La réussite de cette réforme sera observée de près par plusieurs économies africaines confrontées aux mêmes défis de mobilisation des ressources domestiques. Si les objectifs annoncés sont atteints, le Mozambique pourrait devenir l’un des exemples les plus aboutis de modernisation fiscale en Afrique australe.

Cheikh Mbacké SENE

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