DU CHAMP DE BATAILLE AUX MARCHÉS : COMMENT LA GUERRE IRAN–ÉTATS-UNIS A SECOUÉ L’ÉCONOMIE AFRICAINE
L'annonce de la trêve a ensuite permis au Brent de revenir autour de 72 à 73 dollars le baril, contre près de 97 dollars au plus fort des tensions.

La guerre entre l’Iran et les États-Unis a rappelé avec force combien les économies africaines demeurent dépendantes des marchés mondiaux de l’énergie. En quelques semaines, les tensions autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite près de 20 % du pétrole mondial, ont provoqué une flambée des cours du brut et une volatilité exceptionnelle sur les marchés internationaux. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les perturbations temporaires ont concerné plus de 13 millions de barils par jour au plus fort de la crise. L’annonce de la trêve a ensuite permis au Brent de revenir autour de 72 à 73 dollars le baril, contre près de 97 dollars au plus fort des tensions.
Cette séquence a produit des effets contrastés sur les économies africaines. Les grands producteurs de pétrole, notamment le Nigeria (1,5 million de barils/jour), la Libye (1,3 million), l’Angola (1,1 million), l’Algérie (près d’un million), le Congo et le Gabon, ont bénéficié d’une hausse temporaire de leurs recettes d’exportation. Chaque augmentation de 10 dollars du prix du Brent représente plusieurs milliards de dollars de revenus supplémentaires sur une année pour ces pays, renforçant les recettes budgétaires, les réserves de change et les capacités d’investissement public.
À l’inverse, les pays importateurs nets d’hydrocarbures ont subi une forte augmentation de leur facture énergétique. Le Sénégal, le Maroc, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Rwanda, le Bénin, le Togo, Maurice ou encore Madagascar ont vu les coûts du carburant, du transport maritime, de la production industrielle et de l’électricité progresser rapidement, alimentant les tensions inflationnistes. Plus de 35 pays africains demeurent aujourd’hui importateurs nets de produits pétroliers, ce qui les rend particulièrement vulnérables aux chocs géopolitiques.
L’Afrique représente pourtant près de 8 % de la production mondiale de pétrole, mais continue d’exporter environ 75 % de son pétrole brut, faute de capacités suffisantes de raffinage. Le continent importe ensuite une grande partie de l’essence, du gazole, du kérosène et d’autres produits raffinés qu’il consomme, réduisant considérablement la valeur ajoutée captée localement. Cette dépendance structurelle constitue l’un des principaux paradoxes énergétiques africains.
La baisse des cours consécutive à la trêve offre aujourd’hui un soulagement aux économies importatrices. Un Brent stabilisé autour de 70 à 75 dollars devrait contribuer à réduire les déficits commerciaux, ralentir l’inflation, améliorer le pouvoir d’achat des ménages et alléger les dépenses publiques consacrées aux subventions énergétiques. Les secteurs du transport, de l’agriculture, de l’industrie, de la pêche et de la logistique devraient être les premiers bénéficiaires de cette accalmie.
Pour les exportateurs africains, les revenus pétroliers demeurent solides malgré le recul des prix. Toutefois, cette crise rappelle la nécessité d’accélérer la diversification économique afin de réduire la dépendance aux hydrocarbures. Les investissements dans les raffineries, les infrastructures de stockage, les oléoducs, les terminaux portuaires, les centrales à gaz et les énergies renouvelables deviennent plus que jamais stratégiques.
Au-delà du conflit, cette séquence met en évidence une réalité incontournable : la souveraineté énergétique est désormais un enjeu majeur de compétitivité économique. L’Afrique ne pourra pleinement tirer profit de ses immenses ressources naturelles qu’en développant une industrie de transformation locale, en renforçant ses chaînes de valeur et en réduisant sa dépendance aux importations de produits raffinés. La véritable bataille économique du continent se jouera moins sur les marchés internationaux que dans sa capacité à industrialiser son secteur énergétique et à créer davantage de valeur sur son propre territoire.




