Longtemps orientés vers l’Europe, les pays du Maghreb renforcent progressivement leur présence économique en Afrique subsaharienne. Portée par la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), l’amélioration des infrastructures logistiques et l’expansion des groupes bancaires et industriels, cette dynamique redessine les flux commerciaux entre l’Afrique du Nord et le reste du continent. Une dynamique commerciale qui s’accélère entre le Nord et le Sud du continent.

Selon les données d’Afreximbank, le commerce total de marchandises en Afrique a atteint près de 1 500 milliards de dollars en 2024, en progression de 13,9 %. Dans ce contexte, les échanges entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne sont estimés entre 45 et 60 milliards de dollars, un niveau encore modeste au regard du potentiel économique des deux régions.

Le Maroc, principal acteur maghrébin en Afrique subsaharienne

Le Maroc demeure le pays le plus avancé dans son intégration économique avec l’Afrique subsaharienne. Grâce à ses banques, ses compagnies d’assurances, ses opérateurs télécoms et ses groupes industriels, le Royaume s’est imposé comme une plateforme d’investissement vers l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

Ses principales exportations vers le sud du Sahara concernent les engrais phosphatés, les produits agroalimentaires, les matériaux de construction, les produits pharmaceutiques et les services financiers. En 2024, l’excédent commercial marocain avec l’Afrique subsaharienne a atteint 7,2 milliards de dirhams.

L’Égypte accélère sa conquête des marchés africains

Avec une économie de plus de 400 milliards de dollars, l’Égypte s’affirme comme l’un des principaux exportateurs africains. Son positionnement stratégique autour du Canal de Suez et son appartenance au COMESA lui offrent un avantage considérable dans ses échanges avec le continent.

Le pays exporte principalement des produits chimiques, pharmaceutiques, électriques, alimentaires transformés et des engrais. Les marchés d’Afrique de l’Est et de l’Ouest représentent aujourd’hui des relais de croissance majeurs pour les entreprises égyptiennes.

Tunisie et Algérie à la recherche de nouveaux débouchés

La Tunisie poursuit sa stratégie de diversification commerciale afin de réduire sa dépendance vis-à-vis du marché européen. Les exportations tunisiennes vers l’Afrique subsaharienne ont atteint près de 650 millions de dollars en 2024, soit 3,5 % de ses exportations totales.

De son côté, l’Algérie multiplie les initiatives pour renforcer sa présence économique au Sahel. L’ouverture de la route transsaharienne reliant Alger à Lagos constitue un axe stratégique destiné à stimuler les échanges commerciaux avec le Niger, le Mali, le Tchad et le Nigeria.

Des obstacles encore nombreux

Malgré cette progression, plusieurs freins continuent de limiter l’intégration économique entre les deux régions. Les coûts logistiques élevés, l’insuffisance des liaisons maritimes et aériennes, les barrières non tarifaires ainsi que les difficultés de financement réduisent encore l’intensité des échanges.

Les pays du Maghreb disposent néanmoins d’atouts importants : une base industrielle relativement développée, des capacités logistiques supérieures et une meilleure insertion dans les chaînes de valeur internationales.

La ZLECAf comme accélérateur de croissance

Les experts estiment que la montée en puissance de la ZLECAf pourrait transformer profondément les relations économiques entre l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne au cours de la prochaine décennie. Avec l’amélioration des corridors commerciaux et des infrastructures transfrontalières, les échanges pourraient dépasser 100 milliards de dollars par an à l’horizon 2035.

Le renforcement de cette coopération Sud-Sud apparaît ainsi comme l’un des leviers majeurs pour accélérer l’intégration économique africaine et faire du commerce intra-africain un moteur durable de croissance et d’industrialisation du continent.

Par Cheikh Mbacké Sène