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DETTE PUBLIQUE DU SÉNÉGAL : TRANSPARENCE RETROUVÉE, ENJEUX DE SOUTENABILITÉ ET IMPÉRATIF DE TRANSFORMATION ÉCONOMIQUE

La question de la dette publique est devenue l’un des principaux sujets de débat économique au Sénégal. Les travaux de réconciliation des comptes publics réalisés par les nouvelles autorités, ainsi que les échanges engagés avec les partenaires techniques et financiers, ont permis de disposer d’une photographie plus fidèle de la situation budgétaire et financière du pays. Cette démarche de transparence constitue une étape importante pour restaurer la crédibilité des finances publiques et bâtir une stratégie de redressement durable.

Les chiffres désormais officiellement communiqués montrent une réalité sensiblement différente de celle qui prévalait auparavant. Selon les données validées dans le cadre des discussions avec le Fonds monétaire international (FMI), l’encours de la dette publique du Sénégal atteint environ 23 500 milliards de FCFA à fin 2024, soit près de 119 % du Produit intérieur brut (PIB). Ce niveau est nettement supérieur aux estimations précédemment publiées.

Parallèlement, le déficit budgétaire de l’exercice 2024 a été réévalué à 12,3 % du PIB, contre les niveaux auparavant annoncés. Cette révision résulte notamment de la prise en compte d’engagements financiers qui n’avaient pas été intégrés dans les statistiques officielles.

Le service de la dette constitue désormais un défi majeur pour les finances publiques. Pour 2025, les remboursements prévus en principal et intérêts dépassent 2 700 milliards de FCFA, absorbant une part considérable des recettes fiscales de l’État. Cette situation réduit les marges de manœuvre budgétaires nécessaires au financement des infrastructures, de l’éducation, de la santé ou encore des politiques sociales.

La structure de la dette reste relativement diversifiée. Elle comprend une dette extérieure contractée auprès des bailleurs multilatéraux, des partenaires bilatéraux, des marchés internationaux et régionaux, ainsi qu’une dette intérieure composée essentiellement des émissions sur le marché financier de l’UEMOA.

Les autorités sénégalaises ont engagé un vaste programme de réformes visant à restaurer la soutenabilité budgétaire. Celui-ci repose sur plusieurs piliers : amélioration de la mobilisation des recettes fiscales, rationalisation des dépenses publiques, meilleure gouvernance des entreprises publiques, renforcement de la transparence budgétaire et amélioration du suivi de la dette.

Le Gouvernement s’est fixé comme objectif de ramener progressivement le déficit budgétaire à 3 % du PIB, conformément aux critères de convergence de l’UEMOA. Cet ajustement devrait permettre de stabiliser progressivement le ratio dette/PIB et de restaurer la confiance des investisseurs.

Malgré ces difficultés, les fondamentaux économiques du Sénégal demeurent porteurs. Les perspectives de croissance sont soutenues par l’entrée en production des projets pétroliers et gaziers de Sangomar et du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (GTA), ainsi que par le dynamisme attendu des secteurs agricole, industriel et des services.

Les institutions internationales anticipent une croissance économique comprise entre 8 % et 9 % en 2025, faisant du Sénégal l’une des économies les plus dynamiques du continent. Toutefois, cette croissance devra impérativement s’accompagner d’une discipline budgétaire renforcée afin d’éviter que les nouvelles ressources issues des hydrocarbures ne soient absorbées par un endettement excessif.

La dette publique ne constitue pas en elle-même un problème lorsqu’elle finance des investissements productifs générateurs de richesse. Elle devient préoccupante lorsqu’elle sert principa

lement à couvrir des dépenses courantes ou à financer des déficits récurrents sans création suffisante de valeur.

Le véritable défi du Sénégal dépasse donc le simple niveau d’endettement. Il réside dans la capacité de l’État à transformer chaque franc emprunté en infrastructures performantes, en emplois durables, en compétitivité industrielle et en croissance inclusive.

La transparence retrouvée offre aujourd’hui une opportunité historique. En reconnaissant pleinement la réalité des finances publiques, le Sénégal dispose désormais des bases nécessaires pour engager un redressement crédible, restaurer sa signature financière et construire un nouveau modèle de développement fondé sur la responsabilité budgétaire, la souveraineté économique et la création durable de valeur.

Par Cheikh Mbacké Sène


Principaux chiffres officiels (2024-2025)

  • Dette publique : environ 23 500 milliards FCFA
  • Ratio dette/PIB : environ 119 %
  • Déficit budgétaire 2024 : 12,3 % du PIB
  • Service de la dette 2025 : plus de 2 700 milliards FCFA
  • Objectif de déficit : 3 % du PIB
  • Croissance attendue en 2025 : entre 8 % et 9 % grâce notamment aux hydrocarbures

NB éditorial : Ces chiffres correspondent aux données officiellement communiquées par les autorités sénégalaises dans le cadre des échanges avec le FMI et de la réévaluation des finances publiques. Pour une publication dans Afrique Finances, il est recommandé de citer explicitement les sources (Ministère des Finances, Direction de la Dette publique, FMI et BCEAO) afin de garantir la crédibilité éditoriale.

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